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Les conservateurs sont à l’œuvre

par Pierre Céré
Porte-parole du Conseil national des chômeurs (CNC)

Le dernier budget Flaherty vient modifier 60 lois canadiennes différentes. Du presque jamais vu. Et tout cela dans un même projet de loi (C-38), voté à toute vitesse, en imposant le bâillon, et fort d’une majorité gouvernementale. Désespérant. Ces gens sont en train de transformer ce pays, dans ses fondements et dans ses structures. Et l’assurance-emploi n’est pas épargnée dans leurs plans!

Quatre grandes annonces auront des conséquences majeures, dans le sens régressif du terme :

• Non reconduction du projet-pilote, et qui se terminera donc le 6 avril 2013, établissant le calcul du taux de prestations sur les 14 meilleures semaines pour les régions à haut taux de chômage. Ainsi, à partir d’avril 2013, et en suivant les taux de chômage que nous connaissons actuellement, les régions du Bas Saint-Laurent et Côte-Nord, du Centre du Québec et du Nord-Ouest du Québec, verront le calcul de leur taux de prestations établi sur 18 semaines (plutôt que 14), alors que Trois-Rivières passerait à 20 et Chicoutimi-Jonquière à 21 ! Les conséquences pour les travailleurs et les travailleuses de l’industrie saisonnière seront drastiques.

• Abrogation, dans la loi, de la définition de l’emploi convenable et de l’emploi non convenable. Fini le délai raisonnable pour prioriser une recherche d’emploi dans son domaine d’expérience. Fini le fait de vouloir un emploi qui offre les conditions moyennes reconnues dans un secteur de travail particulier et de pouvoir refuser un emploi qui serait en deçà de ces normes. Avec cette refonte, le gouvernement pave la voie au cheap labor et aux coupures à ceux qui refuseraient.

• Abolition des tribunaux administratifs (conseils arbitraux et Juge-arbitre) pour les remplacer par un « guichet unique », le Tribunal de sécurité sociale qui va entendre autant les dossiers de l’assurance-emploi que ceux de la sécurité de la vieillesse. Nous appréhendons le pire.

• Dorénavant, les chômeurs qui occupent un emploi à temps partiel, peu importe le montant, verront la moitié du gain retranché sur la prestation de chômage. Auparavant, il y avait un plancher minimum. Plus de plancher!! Les conservateurs appellent ça une mesure incitative à l’emploi…

Tout cela n’augure rien de bon. Mais surtout, il faut bien comprendre une chose, une chose essentielle : nous ne sommes plus face à un gouvernement minoritaire. Les conservateurs ne reculeront pas et n’entendront pas raison! Cela doit être compris et assumé.

Raison de plus pour sortir de là, rapatrier ce pouvoir et mettre en place notre propre programme québécois d’assurance-chômage, qui protège mieux, et de bonne foi, sa population. Voilà où nous mettrons nos énergies.

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Le cheval de Troie de la ministre Finley

La ministre Finley a annoncé hier, le 30 avril 2012, des « améliorations prévues au programme d’assurance-emploi ». Ces améliorations ont trait au nouveau calcul du taux de prestations qui entrera en vigueur à compter du 7 avril 2013, l’année prochaine. Du même souffle, mais sans expliquer ses conséquences, elle signalait brièvement que le projet pilote qui favorisait les régions avec des taux élevés de chômage, soit le projet pilote sur les 14 meilleures semaines, ne serait pas prolongé au-delà du 6 avril 2013. Ce projet pilote vise six régions sur douze au Québec.

Ainsi, un nouveau mode de calcul du taux de prestations basé sur les meilleures semaines de la dernière année sera établi pour l’ensemble du Canada mais il n’y aura plus de mesures spéciales pour aider les régions à haut taux de chômage. Ce nouveau mode de calcul va continuer à reposer sur un dénominateur (soit le diviseur sur lequel on établit la moyenne, ou le nombre des meilleures semaines que la Commission va aller chercher), dénominateur fixé en fonction du taux de chômage régional. Cette norme variera entre 14 et 22 semaines.

Si on enlève certains irritants à l’actuelle méthode de calcul (période de base par exemple), on introduit un véritable cheval de Troie pour les régions désignées par le projet pilote en vigueur depuis 2004. Ce qui se présente comme un cadeau sera en fait une exaction.

Si le taux de chômage actuel se maintient au même niveau, cinq (5) régions sur six (6) vont perdre cet acquis du calcul sur les 14 meilleures semaines de travail :

  • Chicoutimi-Jonquière va passer à un taux basé sur la moyenne des 21 meilleures semaines;
  • Trois-Rivières à 20 semaines;
  • Le Bas Saint-Laurent / Côte-Nord, le Centre du Québec et le Nord-Ouest du Québec à 18 semaines.

Par exemple, dans ces trois dernières régions, un travailleur pourrait se qualifier avec 600 heures de travail accumulées sur 15 semaines et voir la moyenne établie en divisant par 18 (le nouveau dénominateur), alors que sous l’actuel projet pilote en vigueur depuis 2004, cette moyenne s’établit sur 14, ce qui bien sûr a une incidence certaine sur le montant.

Pour ces régions, il s’agira d’un véritable cheval de Troie, un cadeau empoisonné alors que par derrière ce gouvernement met le feu à la maison.

Voilà une autre raison pour laquelle il faut sortir de là et rapatrier au Québec ce pouvoir d’établir notre propre régime d’assurance-chômage qui protégerait mieux notre population.

 

* «Cheval de Troie»: est un clin d’œil à la chronique de Manon Cornellier « Abus de pouvoir budgétaire » dans Le Devoir du lundi 30 avril.

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Le régime fédéral a failli

1 chômeur sur 2 n’a pas droit à l’assurance-emploi

En 1989, le ratio prestataires/chômeurs s’établissait à 85% (ce chiffre indiquant la proportion de chômeurs ayant accès à l’assurance-emploi). Depuis 1997, il est constamment sous la barre des 50%. Actuellement, ce ratio est de 49% [Commission de l’assurance-emploi du Canada, Ministère du Développement des Ressources humaines et Développement des compétences Canada, Rapport de contrôle et d’évaluation 2010 – Assurance-emploi, Gatineau, 2011, p. 115].

Cette baisse est directement attribuable aux politiques imposées dans les années 1990. Apprécions l’aveu exprimé dans le Rapport de contrôle et d’évaluation 1999 de l’assurance-emploi : « Les réformes du début des années 1990 ont réduit les coûts en resserrant les normes d’admissibilité, en limitant la durée de versement des prestations et en abaissant le taux de prestations » [Commission de l’assurance-emploi du Canada, Ministère du Développement des ressources humaines Canada, Rapport de contrôle et d’évaluation 1999 – Assurance-emploi, Hull, 2000, p. 6].

Les principales victimes de ces contraintes, ce sont les salariés à statut précaire, et tous ceux qui, pour des raisons de fin d’emploi, sont exclus du régime.

Soulignons qu’en 2009-2010, le Canada comptait 3,2 millions de travailleurs à temps partiel (19,2% de la main d’œuvre totale) et 1,8 million de travailleurs temporaires (12,8% de tous les salariés). Ce type d’emploi, précaire, est en hausse constante.

Quant aux critères d’admissibilité, ils sont de deux ordres : variables d’une région à une autre selon le taux de chômage en vigueur, ils peuvent atteindre 700 heures pour les prestataires ordinaires ; pour ceux considérés comme nouveaux arrivants sur le marché du travail, il est fixe à 910 heures. Ces règles d’admissibilité ont été imaginées et mises en place pour exclure un bon nombre de travailleurs qui, répétons-le, ont pourtant cotisé au régime d’assurance-emploi. De plus, le découpage des régions économiques de l’assurance-emploi est arbitraire et entraîne de nombreuses iniquités, d’une région à l’autre, ou à l’intérieur d’une même région.

Ces mesures sont toujours en vigueur.

Un taux de prestations à la baisse

Le taux de prestations (établi sur la moyenne salariale) est passé de 60% en 1990, à 57% en 1993, à 55% en 1994.

En 1996, le gouvernement d’alors introduisait une nouvelle méthode pour calculer la moyenne salariale, basé dorénavant sur une période de base de 26 semaines et un

« dénominateur » (diviseur) fixé arbitrairement en fonction du taux de chômage. Dans plusieurs cas, cette méthode fausse le résultat, en diminuant la moyenne salariale réelle et donc le taux de prestations.

Ces mesures, toujours en vigueur, seront de nouveau modifiées à compter de 2013 tout en conservant le caractère arbitraire du dénominateur variable.

La période de prestations

La période payable est passée d’un maximum de 50 semaines à 45 semaines en 1996. Cette période varie selon le temps de travail accumulé au cours de la dernière année et du taux de chômage en vigueur. Elle est en moyenne de 21 semaines.

Cette mesure est toujours en vigueur.

Le délai de carence

Les 2 premières semaines d’une période de prestations ne sont pas payées. Cela s’appelle le « délai de carence ».

Si on se compare avec le reste du monde, on risque de se désoler. En effet, de tous les pays industrialisés, le Canada est celui qui impose le plus long délai de carence, soit deux semaines. Plusieurs pays n’en n’ont pas : la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas. D’autres comme la Finlande, la France, l’Italie, la Norvège, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni, imposent un délai de carence entre 5 et 7 jours. Chez nos voisins du sud, les États-Unis, le délai de carence, variable d’un État à l’autre, ne dépasse jamais UNE semaine [Marc Van Audenrode, Andrée-Anne Fournier, Nathalie Havet et Jimmy Royer, Employment insurance in Canada and international comparisons, Groupe d’analyse économique, 2005, p. 25].

Programme hautement judiciarisé

La loi d’assurance-emploi est considérée comme l’une des lois les plus complexes de l’appareil législatif canadien. Au fil des années, on a compliqué son application et sa compréhension, durci les sanctions, mis en place toute une série d’exceptions complexes et arbitraires.

La machine est brutale, déshumanisée et repose sur des réflexes et un fonctionnement qui relèvent pratiquement du droit criminel (la recherche de preuves pour sanctionner).

Les délais administratifs

Les délais administratifs sont pires que jamais à l’assurance-emploi. Nombreux sont ceux qui doivent attendre 2 et 3 mois avant d’obtenir ne serait-ce qu’une décision sur leur admissibilité ! Les coupures de personnel mais surtout une réorganisation en profondeur du fonctionnement de « Service Canada » expliquent ces retards. Ainsi, il n’y a plus que 6 centres de traitement des dossiers pour l’ensemble du Québec. Les autres bureaux de Service Canada n’étant que des points de service qui renvoient les gens à l’Internet et au centre d’appels téléphoniques, pour le moins dysfonctionnel.

Le détournement de la caisse

Depuis 1990, le gouvernement ne contribue plus au financement de l’assurance-emploi, même pas à son administration. Cette caisse est entièrement financée par les cotisations des travailleurs et des employeurs. Cela n’a pas empêché tous les gouvernements en place à Ottawa, depuis 1996,

de détourner les surplus de cette caisse. Près de 60 milliards de dollars jusqu’à aujourd’hui !

Le gouvernement fédéral a consacré l’établissement à la baisse du régime d’assurance-emploi. Il a failli à son rôle de protéger les travailleurs, cotisants à ce régime. Dans sa bouche, le mot assurance a perdu son sens.

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Les conservateurs sont à l’œuvre !

par Pierre Céré

Porte-parole du Conseil national des chômeurs (CNC)

Nous avons déjà qualifié, par le passé, le régime d’assurance-emploi de « monstre à mille têtes ». Il faut croire que l’œuvre est toujours en construction : le budget Flaherty du 30 mars dernier s’y inscrit en complète concordance. Ainsi, dans ce vaste budget s’étalant sur plusieurs centaines de pages aux fins de nous expliquer l’austérité et les compressions, il y avait tout un train de mesures annoncées quant au programme d’assurance-emploi. Nous sommes à la fois inquiets et en colère.

Rappelons que ce gouvernement a fait disparaître, en tout légalité, il y a deux ans, le surplus cumulatif du compte d’assurance-emploi qui s’élevait alors à 57,2 milliard de dollars (Rapport de contrôle et d’évaluation 2009 produit par la Commission de l’assurance-emploi du Canada), argents qui avaient été détournés par le gouvernement mais que la Commission continuait à comptabiliser comme dette envers elle.

Pour arriver à ses fins, le ministre Flaherty avait alors, dans le cadre de la loi budgétaire de mars 2010, aboli le « compte d’assurance-emploi » pour créer, à côté et dans la même loi, un nouveau compte, celui des « opérations d’assurance-emploi ». Ce faisant, il remettait les compteurs à zéro. Magnifique opération d’effacement d’une dette, celle d’un gouvernement envers les travailleurs et les employeurs cotisants. Depuis lors, le compte des opérations d’assurance-emploi, à cause de la crise de 2008-2009, enregistre des déficits, et c’est maintenant ce dernier qui a une dette envers le gouvernement. Admirons au passage la beauté de l’œuvre…

Et les conservateurs ne semblent pas presser de rééquilibrer les choses. Toujours en 2010, par exemple, nous avons connu le plus bas taux de cotisation depuis 30 ans ! Comme si on voulait faire le contraire d’une recherche d’équilibre, tel que recommandé par les actuaires. Comme si on voulait, encore une fois, verrouillé à la baisse ce programme. Les mesures annoncées dans le budget 2012 s’inscrivent d’ailleurs dans cette logique.

Prenons la question du « gain admissible » prévu à l’assurance-emploi : une personne qui reçoit des « prestations de chômage » peut travailler à temps partiel et conserver une partie de son gain. C’était 25% du taux de prestations avec un plancher de 50$; c’est aujourd’hui 40% avec un plancher de 75$; cela deviendra, avec l’annonce faite lors du budget, 50%, mais sans plancher! Ceux qui reçoivent les prestations les moins élevées verront immédiatement celles-ci affectées à la baisse.

On nous annonce aussi pour 2013 une nouvelle méthode de calcul du taux de prestations qui conserverait le même caractère arbitraire d’un calcul variant selon le taux de chômage régional, imposant ainsi des iniquités d’un endroit à un autre, aux guises des saisons.

Surtout, le gouvernement Harper nous avise du dépôt prochain de nouvelles mesures qui viendraient modifier la loi « afin d’étoffer et de préciser les obligations des personnes qui reçoivent des prestations régulières d’assurance-emploi et cherchent du travail » (chapitre 3.3 du budget). En langage clair, il y aura plus d’enquêtes, plus de contrôle, plus de mesures vexatoires, plus de coupures de prestations… Chemin faisant, on nous annonce une refonte du droit d’appel et des tribunaux administratifs « en remplaçant l’actuel système de tribunaux administratifs visant les principaux programmes fédéraux de sécurité sociale par un organe décisionnel à guichet unique » (p. 307 du budget)

Le comportement de ce gouvernement est inquiétant. Les Québécois le savent et l’ont clairement exprimé lors des élections du 2 mai 2011.

Pour notre part, après plus d’une vingtaine d’années à combattre toutes ces mesures régressives imposées à l’assurance-emploi, par tous les gouvernements qui se sont succédés à la tête de l’État canadien, nous croyons qu’est venu le temps de réfléchir sérieusement, dans tous les secteurs de la société, au possible rapatriement au Québec du régime d’assurance-emploi. Nous pouvons faire mieux, et nous l’avons amplement démontré sur d’innombrables sujets, comme la mise en place il y a quelques années de notre propre régime d’assurance parentale.

Nous ne sommes pas fatigués mais plutôt écœurés de nous battre contre un système qui n’a démontré aucune écoute, aucune ouverture, aucune sensibilité. L’assurance-emploi, nous l’avons toujours cru, doit servir à protéger économiquement les travailleurs qui perdent leur emploi. C’est une mission simple mais combien importante et structurante. Ottawa ne veut pas agir en ce sens ? Passons à autre chose !

(Cet article a été publié dans la section « Opinion » du quotidien Le Soleil, le dimanche 8 avril 2012.)

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