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Dialogues dans l’ombre 9 : Y a pas de sot métier… Juste de sotte gouvernance

par Patrice Viau
Membre du conseil d’administration du Comité chômage de Montréal

Un champ de bleuets au Saguenay au mois de juin 2013. Beaucoup de monde s’y retrouve pour la cueillette. X, 45 ans, pousse un grand cri de désarroi.

X) Maudite vie sale!

Y, un jeune dans le début vingtaine, lui demande :

Y) Qu’est-ce que t’as à crier de même, vieux?

X) J’en peux juste pu de cette job de cul-là pas payante! C’est pas de mon âge ça!

Y) Pas payante, moi ça m’aide à payer mes études!

X) Wouin, ben moi ça m’aide juste à survivre. Dire que je travaillais dans une grosse shop avant… Pis j’ai travaillé là un bon 10 ans. Mais câline de malchance, ça l’a pas empêché la direction de me mettre à porte comme un pas bon!

Y) Ben au moins, y avait le chômage?

X) Ah! Parlons-en du chômage! J’ai reçu pas mal moins que je pensais à cause des concessions qu’on a fait avant les mises à pied. Ces esprits-là, y ont compté dans le calcul mes moins bonnes semaines, même si ça faisait 10 ans que j’étais dans shop! Me suis retrouvé avec pas grand chose pour faire vivre ma petite famille.

Y) Et t’as rien trouvé d’autre avec ton expérience? C’est pas rien!

X) Ah! J’ai appris sur le tas, j’ai pas une grosse éducation… Les autres employeurs étaient réticents à engager un vieux… Pis là, les Conservateurs, avec leur nouvelle loi, j’ai été obligé de pogner le premier emploi qu’on m’offrait! Imagine! Des années à bien gagner ma vie. Pis du jour au lendemain, chus obligé de cueillir des beleuets pour arrondir les fins de mois, en plus de la jobine de concierge à temps partiel que j’ai trouvé.

Y) Ayoye! Ça fesse ça! Mais là, ça se parle de plus en plus de rapatrier ça icitte, l’assurance-chômage. Ça serait pas mauvais, parce qu’à Ottawa, ils connaissent pas la réalité des régions du Québec. Ils s’en sacrent pas mal je pense.

X) En tout cas, le jeune, fais pas comme moi, pis va à l’école tant que tu pourras dans quelque chose que t’aimes.

Y) J’vais essayer. Mais avec les hausses, va falloir que j’en cueille en sapristi des beleuets pour me payer mon Bac en foresterie!

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Dialogues dans l’ombre 8 : À l’ombre de Davos

par Patrice Viau
Membre du conseil d’administration du Comité Chômage de de Montréal
L’incisif,
février 2012

 

Davos, 26 janvier 2012. Les leaders du monde se rencontrent lors du Forum économique mondial. Après une allocution de Stephen Harper sur la résilience, Nicolas Sarkozy va à sa rencontre en coulisse.

Sarkozy : Salut Stephen. Intéressant ton petit speech. Ainsi donc, le Canada se sort mieux de la crise que les USA? Et même que la France?

Harper : Il paraît Nicolas. Écoutes, nous avons réussi à abaisser le taux de chômage à 7,6 % alors qu’il est de 8,3 % aux States… et qu’il frôle en France les 10 %…

Sarkozy : Oui bon, c’est peu reluisant, mais avec la crise financière et les banques qui recommencent à spéculer, les entreprises n’ont d’autres choix que de faire des mises à pied pour garder le cap, et c’est le gouvernement qui hérite de la facture, avec la sécurité sociale et tout ce merdier. Et les élections qui approchent… Oh la-la!…

Harper : Sarko, tu sais comme moi que l’État n’est pas là pour servir de filet social, il est là pour assurer la prospérité et créer de la richesse. Que comptes-tu faire?

Sarkozy : Je suis justement en train de préparer les thèmes de ma prochaine campagne. Avec la crise, nous croyons qu’il faut diriger l’opinion publique autour des enjeux du chômage et de l’immigration…

Harper : Intéressant! Tu sais, l’économie canadienne a affronté la crise avec un certain succès, mais il faudra implanter de nouvelles mesures dès que possible. Il faut en profiter pendant que nous sommes majoritaires. Si tu veux l’appui des électeurs, je te suggère d’y aller sur le thème de la famille traditionnelle comme noyau économique.

Sarkozy : C’est pas bête. Et aussi regagner la confiance des investisseurs étrangers en leur fournissant une main-d’œuvre qualifiée, disponible et productive. Ton gouvernement devrait d’ailleurs s’occuper du dossier du Travail et de l’Immigration. Tu dois resserrer les critères de l’immigration pour favoriser la productivité et éviter les réfugiés. Moins de politique, plus de stabilité, donc plus de prospérité! Et aussi, moins de chômage!

Harper : Oui, c’est ce en quoi nous croyons. Il faut battre le fer quand il tiédit. Mon gouvernement croit que les citoyens ont également des devoirs quant à la prospérité du Canada. C’est de cette façon que nous concevons l’assurance-emploi par exemple, et ça marche!

Sarkozy : Bien! D’ailleurs, j’entends radicaliser nos lois sur le chômage en obligeant les chômeurs à suivre une formation et au premier refus d’emploi, couper les allocations! Tu ne dois pas laisser les gens paresser. C’est l’avenir qui est en jeu!

Harper : C’est pas mal comme plan! Il ne faut pas parler de programmes sociaux, il faut parler d’emploi, d’économie. Il faut stimuler l’entreprise privée, pas la bureaucratie! Et diviser pour régner. Il faut partir des débats moraux et, par la bande, s’occuper de l’économie. Parler des vrais chômeurs, qui veulent travailler, et attaquer les mauvais chômeurs, ces profiteurs du système. J’ai confiance en mon ministre des Finances pour arranger cela…  Les retraites et l’assurance-emploi grugent les finances publiques, les électeurs sont prêts pour l’austérité!

Sarkozy : Bien! En enlignant nos politiques ainsi, les électeurs verront bien que nous offrons un choix sensé et universel. Allez. C’est l’heure de la prochaine conférence. Je te laisse sur ces bons mots, mais n’oublie pas de suivre ma campagne électorale. Il faut s’inspirer les uns les autres si nous voulons garder le contrôle!

 

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Dialogues dans l’ombre 7 : Des fleurs dans le fumier

par Patrice Viau
Membre du conseil d’administration du Comité Chômage de Montréal

 

Pat et Vic visitent l’exposition du World Press Photo et d’Anthropographia au Marché Bonsecours. Les clichés des photojournalistes défilent l’un après l’autre, témoignant d’un monde de plus en plus en proie aux tragédies, aux meurtres, aux catastrophes, à la bêtise, et enclin au désespoir. Et pourtant…

PAT : Hmm… Hé hé hé! Regarde cette photo, elle est vraiment bien!

VIC : Celle du sans-abri qui caresse les seins de sa genre de blonde?

PAT : Oui! C’est simple, mais c’est tellement ça…

VIC : La vie et la dignité malgré tout.

PAT : Exact ! Tu sais, y’a un cinéaste iranien, Abbas Kiarostami, qui disait à peu près ça : « Le grand défi de ce siècle, c’est le combat entre l’éternel et le temporel. Mais encore une fois, le choix est évident : il nous faut choisir la vie. »

VIC : Comme quoi, au-delà des idéologies, des games de pouvoir, des façades, des bons sentiments, la vie fait son chemin envers et contre tout.

PAT : Ouais. Faut essayer de se rappeler ça dans le contexte actuel, icitte! Avec les Tories qui arrêtent pas d’en remettre avec leur putain de sottises d’histoire de drapeau, de morale cucul, d’ordre et de lois anti-sociales, de connivences avec des pouvoirs obscurs, et d’esprit anti-scientifique!… À un moment donné, j’imagine que les Québécois vont redevenir un fleuve en pleine débâcle, engorgé d’un flux de vie que rien n’arrêtera. Suffit d’être créatif bonyenne!

VIC : C’est triste de voir qu’on ait supprimé certains idéaux collectifs au profit d’un salut individuel. Mais en même temps, quand la collectivité devient plate, que veux-tu faire pour te libérer?

PAT : J’imagine que plus on va être de monde à patauger dans la même marde, plus on va vouloir s’en sortir ensemble. La misère aime la compagnie! Tsé, après les années Duplessis, les Canadiens-Français en pouvaient juste plus d’étouffer de la sorte, ensemble. Pis pow! Pendant 20 ans, on a progressé comme c’est pas possible, on a innové, on a créé… Avant de pogner un méchant down! Mais peut-être que quelque chose s’en vient.

VIC : Qui sait! Peut-être qu’on arrive à une conjoncture favorable à la reprise en main de notre destin.

PAT : Prend l’exemple de l’Assurance-chômage, on est justement en train de jongler avec ces questions-là au CCM pis au CNC… On est pogné, après tant d’années de revendications au fédéral, sur la case départ. Force est d’admettre que le dossier Chômage, c’est du gâchis sur toute la ligne! Mettons qu’avec les Conservateurs majoritaires, y se passera rien à ce niveau pour les 4, voir les 8 prochaines années. Si on veut mieux protéger les travailleurs québécois, et ne pas les rendre encore plus dépendant d’un système de plus en plus dur, il faudra récupérer le chômage au provincial.

VIC : En plus, c’est pas seulement les travailleurs que ça inquiète. Même les employeurs, les maires, les religieux, les économistes et les actuaires du Québec ne comprennent pas ce qui se passe. En fait, c’est scandaleux et ça frôle le vol!

PAT : On ne le répètera jamais assez. Et maintenant, il s’agit de prendre les moyens de nos ambitions. Retrouver un brin de liberté et affermir notre volonté politique pour pouvoir refuser les faux-maîtres.

VIC : Amen! Et que vive la vie!

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