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Nous sommes tous fraudeurs!?!

Manif du 23 février à Montréal contre la réforme d’Harper dans les rues de Montréal:
entre huit à dix mille fraudeurs!?! Photo: © Dominic Morissette

 

À voir l’attitude des conservateurs, le premier ministre Harper en tête, de même que sa ministre Finley hier en Chambre, nous sommes tous et toutes fraudeurs. Que de préjugés et de mépris pour les 1,5 million de travailleurs qui bon an mal an déposent une demande de prestations d’assurance-chômage au Canada.

L’actualité des dernières semaines semble illustrer que la règle de droit selon laquelle nous sommes innocents jusqu’à preuve du contraire ne tient plus en ce qui concerne l’assurance-emploi.

Nous terminons en citant le dernier paragraphe de l’éditorial de Jean-Robert Sansfaçons dans Le Devoir d’hier, «Assurance-emploi-emploi – Qui est le fraudeur»:

«Personne ne niera l’existence d’individus qui abusent des programmes gouvernementaux et l’importance de punir les fraudeurs. C’est vrai de l’assurance-emploi, mais c’est aussi vrai des programmes de remboursement de dépenses des députés et des sénateurs, ou encore des programmes d’aide aux entreprises. Cela ne justifie pas le harcèlement d’individus sur qui ne pèse aucun soupçon sérieux. A-t-on déjà lâché les chiens dans le monde des entreprises qui réclament à qui mieux mieux des crédits d’impôt à la recherche ? Pourquoi le sénateur Duffy n’a-t-il pas encore été démis de ses fonctions et son collègue, le sénateur Brazeau, privé de salaire après avoir fait, lui aussi, de fausses déclarations de logement en plus d’être accusé de violence conjugale? Tant d’hypocrisie !» [C'est nous qui soulignons.]

 

*

Nous vous invitons aussi à lire l’excellent travail que fait le quotidien Le Devoir sur la question de l’assurance-emploi. Ici les références de la semaine:

 

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«AE: Des emplois saisonniers difficiles à pourvoir» de H. Buzzetti et M. Vastel

Si l’on prend ce dernier texte d’Hélène Buzzetti et Marie Vastel publié ce matin dans le Devoir et celui que nous citons plus bas de Chantal Hébert dans l’Acadie Nouvelle, tout s’éclaire: l’on comprend mieux comment fonctionne  les conservateurs avec leur vision machiavélique du pouvoir.

«[...] Pour expliquer sa réforme d’assurance-emploi, le gouvernement conservateur prétend vouloir donner priorité aux chômeurs canadiens plutôt qu’aux travailleurs étrangers temporaires. Or, ce remplacement ne sera pas si facile à opérer : il appert que les emplois occupés par les étrangers sont soit saisonniers, soit dans des régions où le taux de chômage est déjà plus bas que la moyenne nationale. [C'est nous qui soulignons] [...]

«Or, deux des trois premières catégories d’emploi pour lesquelles ces gens [les 430 000 travailleurs étrangers] sont venus en plus grand nombre sont des emplois peu susceptibles d’éviter du chômage saisonnier aux Canadiens. Les travailleurs agricoles et laboureurs arrivent en tête de liste, avec 31 000 travailleurs étrangers. Ils sont restés en moyenne sept ou huit mois. Leur travail s’effectue pendant les périodes de pêche, les saisons touristiques, bref, pendant que les travailleurs saisonniers travaillent.

«Ken Fort, le président de FARMS, une association qui aide les agriculteurs à recruter à l’étranger, espère que toute cette attention médiatique ne finira pas par faire disparaître le programme, qu’il juge essentiel pour le secteur. Il assure que l’industrie fait déjà le plein de travailleurs canadiens, avec un taux de 85 %. Selon lui, il n’est pas possible de pourvoir les 15 % d’emplois restants par des travailleurs d’ici. « Les Canadiens ne veulent pas de ma job. Ils veulent une job qui va durer plus que quatre mois », dit-il. [...]

«La deuxième catégorie d’emplois accueillant le plus de travailleurs étrangers temporaires est celle de la restauration, avec près de 20 000 employés, restant entre 12 et 14 mois en moyenne. La majorité d’entre eux, toutefois, se dirige vers les Prairies, là où le taux de chômage est le plus bas du pays. En tête de liste, selon l’Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires (ACRSA) : l’Alberta (taux de chômage : de 5,3 % en mars).

«Il y a beaucoup de concurrence pour recruter la main-d’oeuvre dans ces provinces, explique Dwayne Marling, représentant de la région au sein de l’ACRSA. « Dans ces économies axées sur l’exploitation des ressources naturelles, c’est un véritable défi. À Fort McMurray, par exemple, les jeunes gagnent de bons revenus et travaillent de longues heures. Cela augmente la demande sur le secteur de la restauration à un moment où il y a moins de gens disponibles pour occuper ces emplois. » Selon les données de 2010 du ministère, l’Alberta a accueilli 38 % de tous les travailleurs temporaires étrangers autres qu’agricoles. [...]

«L’impact du boom pétrolier albertain trouve un léger écho au Québec dans les régions visées par le Plan Nord, selon François Meunier, porte-parole de l’Association des restaurateurs du Québec. « Là, il n’y a plus personne qui est prêt à travailler à 12 $ l’heure parce que n’importe qui peut se faire offrir un emploi dans les mines au double ou au triple de ce salaire-là. […] Même des gens sans qualifications se font offrir des emplois à plus de 20 $ l’heure. L’industrie n’est pas capable de supporter une rémunération aussi importante que ça. Il n’y a personne qui veut payer son club- sandwich 52 $. » [...]»

« À l’occasion, les emplois ne se trouvent tout simplement pas là où se trouvent les travailleurs », conclut Dwayne Marling.» [représentant de l'Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires (L'ACRSA) de l'Alberta.].

 

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Assurance-emploi : encore plusieurs réactions dans les médias

Ça réagit vraiment beaucoup dans les journaux sur la contre-réforme sur l’assurance-emploi que s’apprêtent à voter les conservateurs avec leur loi C-38. Nous revenons donc avec une nouvelle revue de presse annotée.

***

«Nouvelles règles de l’assurance-emploi: Les travailleurs saisonniers sont condamnés à l’aide sociale, juge l’opposition», Joël-Denis Bellavance, La Presse, mardi 29 2012

«Ottawa – En imposant de nouvelles règles d’admissibilité au programme d’assurance-emploi, le gouvernement Harper va inévitablement condamner des travailleurs saisonniers à l’aide sociale, ce qui alourdira le fardeau financier des provinces, selon les partis de l’opposition. [...]»

 

«Des chômeurs malmenés», J. Jacques Samson, Le Journal de Québec, 29 mai 2012

«[...] Le travail saisonnier est fortement concentré dans les régions, là où les déplacements sont coûteux : les distances sont grandes et les transports en commun à peu près inexistants. Forcer un prestataire de l’assurance-emploi qui gagnait 15 $/l’heure à accepter un emploi à une heure de chez-lui, à 70 % de son salaire précédent est un désincitatif au marché du travail. Son taux horaire chuterait à 10,50 $/l’heure, soit à peine au-dessus du salaire minimum (9,90 $) et il devrait défrayer son transport pour parcourir des dizaines de kilomètres. [...]

«Le gouvernement Charest s’est impliqué dans plusieurs dossiers fédéraux, au nom des intérêts des Québécois, invoquait-il chaque fois. La réforme annoncée de l’assurance-emploi nécessite qu’il se porte à la défense des travailleurs québécois qui seront malmenés.»

 

«Le torchon brûle entre le gouvernement conservateur et les chômeurs», André Péloquin, Sorel-Tracy Express, 29 mai 2012

« [...] «Ce projet de loi limite tout simplement l’accès à l’assurance-emploi!», s’exclame Monique Guèvremont, coordonnatrice du Regroupement des chômeuses et chômeurs de Sorel-Tracy.

«Ce projet de loi aura tout un impact sur les travailleurs saisonniers de la région», poursuit-elle avant d’ajouter que les chômeurs de la région perdront aussi cinq semaines de chômages supplémentaires qu’on offre aux régions désignées avec un taux de chômage élevé. «En limitant tant l’accès à l’assurance-emploi, un électricien de formation pourrait non seulement être amené à travailler dans un domaine pour lequel il n’a pas été formé, mais aussi dans une autre municipalité», poursuit-elle. [...]»

 

«La timidité complice», Jean Saint-Cyr, L’Acadie Nouvelle, 29 mai 2012.

« [...] Il est d’ailleurs assez ironique que le communiqué de presse de la ministre Finley dévoilant les changements envisagés par le gouvernement Harper soit promu sur le site web du gouvernement avec le titre «La ministre Finley annonce des améliorations à l’assurance-emploi». Qui, mis à part le gouvernement lui-même, considère que les changements améliorent le programme? À qui profitent ces «améliorations»? [...]

«Nous ne nions pas que certains employeurs peuvent avoir de la difficulté à se trouver des employés pour certains de leurs projets. Mais les employés dont ils auraient besoin se trouvent-ils parmi les travailleurs saisonniers qui résident au Nouveau-Brunswick? Ou se trouvent-ils plutôt parmi ceux qui ont choisi d’émigrer vers d’autres provinces parce que la situation de l’emploi au Nouveau-Brunswick est précaire? Est-ce une amélioration parce que les «prestataires fréquents», c’est-à-dire les travailleurs saisonniers, seront obligés d’accepter des emplois peu rémunérateurs parce que la diminution de 30 % de leurs prestations déjà basses ne leur permet plus de vivre? [...] »

 

«Attaque frontale», Myriam Ségal, Le Quotidien, 29 mai 2012

«[...] Harper savoure abusivement son pouvoir après des années de purgatoire minoritaire. Il n’éclaircit qu’au compte-gouttes, à sa guise, des textes ambigus. Sa maîtrise de la propagande relègue les institutions démocratiques au rang de décorations.»

 

«Assurance-emploi : les travailleurs et les employeurs saisonniers seront perdants, prévient l’opposition», Marie Vastel, Le Devoir, 29 mai 2012

«[...] De retour de leurs circonscriptions, après une semaine de relâche parlementaire, néodémocrates et bloquistes ont rapporté que leurs électeurs étaient préoccupés par les changements annoncés par le fédéral la semaine dernière. Ottawa prévoit forcer les chômeurs à accepter des postes moins payants – des diminutions de salaire allant jusqu’à 30 % dans le cas de ceux qui ont fait appel plus souvent à l’assurance-emploi dans le passé.

Une mesure qui touchera principalement les travailleurs saisonniers, a rétorqué l’opposition. Mais aussi leurs employeurs, qui les verront partir vers un emploi qu’ils sont contraints d’occuper en attendant la reprise du travail saisonnier, soutiennent-ils désormais. [...]»

«[...] le bloquiste Jean-François Fortin, abonde dans le même sens. Lui aussi a entendu ces craintes de la part d’employeurs de sa circonscription de Haute-Gaspésie.  » C’est une attaque directe contre les pêches, le tourisme, l’agriculture et la forêt, qui font vivre les régions du Québec. C’est à croire que les conservateurs ont oublié que l’hiver revient chaque année, au Québec ! « , a-t-il lancé à la ministre des Ressources humaines. [...]

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Assurance-emploi : ça réagit encore et beaucoup dans les médias

Voici, une courte liste d’articles et commentaires concernant l’assurance-emploi publiée dans les médias écrit des derniers jours. (Pour une liste plus exhaustive, voir notre revue de presse.)

 

• «Assurance-« cheap labor »», Manon Cornellier, Le Devoir, Actualités, lundi 28 mai 2012.

(Commenté et largement cité sur notre site, ici.)

• «Assurance-emploi – Québec craint d’hériter de la facture de la réforme», Marie Vastel, Le Devoir, Politique, samedi 26 mai 2012.

«Et de trois. Après les coûts du système carcéral et la sécurité de la vieillesse, voilà qu’Ottawa pourrait bien se faire réclamer un nouveau dédommagement par Québec, cette fois en raison de sa réforme de l’assurance-emploi. Car la province redoute de voir des chômeurs écartés par les nouveaux critères se rabattre sur l’aide sociale provinciale. [...]»

• «Harper s’en prend aux chômeurs», Valère Audy, La Voix de l’Est, samedi 26 mai 2012.

 «Le gouvernement Harper ne se fait pas d’ennemis qu’au Québec avec son mépris, son entêtement et les décisions d’un agenda qu’il a délibérément caché aux Canadiens lors des dernières élections. Car voilà qu’il heurte de front l’ensemble des travailleurs des Maritimes avec sa réforme de la Loi de l’assurance-emploi. Une région du pays où les emplois ne sont pas saisonniers par choix, mais parce que l’économie repose sur des secteurs d’activités qui sont saisonniers, soit l’agriculture, la pêche et le tourisme. [...]»

• «Tordage de bras canadien», Pierre Asselin, Le Soleil, Éditorial, samedi 26 mai 2012.

«L’annonce de changements apportés au régime d’assurance emploi, par la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences, Diane Finley, n’est pas sans rappeler la citation bien connue du film Le parrain : « Je vais lui faire une offre qu’il ne pourra pas refuser… » [...]»

 • «Travail futile», Ariane Krol, La Presse, vendredi 25 mai 2012

«L’annonce faite hier par la ministre des Ressources humaines Diane Finley nous éclaire enfin sur les transformations qui se préparent à l’assurance emploi, mais elle laisse encore trop de zones d’ombre et de place à l’interprétation.

«Après des semaines de rumeurs alimentées par les déclarations contradictoires, le chat est sorti du sac. On ne se contente pas de réécrire la définition de «l’emploi convenable» – celui qu’un chômeur doit accepter sous peine de perdre ses prestations. On la rend conditionnelle à l’usage que celui-ci aura fait du système au cours des années précédentes. Plus le travailleur aura été «payant» pour le régime (cotisant longtemps et recevant peu de prestations), plus il aura du temps pour chercher un emploi équivalent à celui qu’il occupait. Les chômeurs moins méritants devront faire des compromis sur le salaire et le type d’emploi plus rapidement. [...]»

• «Les chômeurs, nouvelle cible de Harper», Vincent Marissal, La Presse, vendredi 25 mai 2012

«[...] Certes, les mesures annoncées seront populaires dans les régions où le taux de chômage est bas (dans l’Ouest, notamment), mais le remède risque fort d’être pire que la maladie. Encore une fois, les mesures du gouvernement Harper sont teintées d’une forte idéologie et d’un clientélisme visant à plaire à sa base électorale.»

 

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