Tag Archives: départ volontaire

Vives réactions de plusieurs

Ces dernières semaines, nous avons entendu bien des réactions aux annonces faites par les conservateurs. L’inquiétude des gens est grande.

D’autres, comme hier avec la Lettre à M. Harper et le commentaire laissé par Monsieur «Toutant», nous l’écrivent.

Ce matin, nous nous permettons de reprendre ce dernier et d’y répondre.

Je finis de travailler habituellement milieu Nov. et recommence fin Mars. Je suis mécanicien marine. On me trouve un emploi chez M.X,
monsieur X fait quoi quand je retourne à mon travail habituel fin Mars?
J’ai 59 ans.

Monsieur «Toutan»

La question de savoir ce qui arrivera à l’employeur est bien loyale.

Toutefois, nous avons bien d’autres préoccupations. Avec les modifications de la loi telles que présentées, il n’y a aucune obligation pour un employeur de reprendre son ancien salarié aux mêmes conditions. En d’autres mots, pourquoi le réembaucherait-il à son plein salaire s’il sait que ce dernier est obligé d’accepter un emploi jusqu’à 70 % de sa rémunération habituelle? Cela reposera seulement sur l’« amabilité » de l’employeur.

Autre interrogation. Qu’adviendra-t-il de ce travailleur temporairement sur le chômage, qui aura dû accepter un emploi « permanent » durant la saison morte, lorsqu’il reprendra son travail comme mécanicien marine, lors de sa prochaine mise à pied à la fin de la saison? Comme il aura quitté volontairement son précédent emploi pour un boulot non permanent (saisonnier), ses prestations lui seront certainement refusées parce qu’il se sera mis volontairement en situation de précarité.

Quel cercle vicieux pour un grand nombre de prestataires fréquents d’assurance-emploi!

 

Leave a Comment

Filed under Prise de position

Lettre à M. Harper / Sujet : Projet de loi C-38 modifiant l’assurance-emploi

(NOTE : hier, nous recevions dans nos courriels ce cri du cœur senti, sous forme de lettre adressée à Harper. L’auteure, Isabelle Dicaire, nous permet de la reproduire sur notre site. Merci à Isabelle pour ce commentaire; et bienvenue à vous tous de nous faire parvenir les vôtres.
La même lettre a été reprise dans le journal La Presse de ce matin sous le titre «Du travail forcé», dans la section Débats, en page A 17.)

 

Monsieur Harper,

Je réagis fortement à votre projet de loi visant à faire accepter n’importe quel emploi à 70% du salaire aux chômeurs fréquents.  Vous essayez de faire gober cette répression et ce travail forcé  –  car c’est de cela qu’il s’agit – avec un discours que le « gouvernement aidera les Canadiens à retourner sur le marché du travail ».

Votre gouvernement n’est certainement pas connecté à la réalité des chômeurs fréquents.  Détentrice d’une maîtrise et d’un baccalauréat en sciences sociales, j’ai eu à vivre d’un contrat à l’autre, donc avec la précarité, dans les organismes communautaires.  Le rythme des contrats se fait parfois à un rythme infernal (faire une recherche en trois mois, et une autre en 5 mois avec entrée de donnée, entrevues, revue de littérature, rédaction, il faut le faire!), avec une adaptation à un nouveau milieu de travail, avec tout le stress que ça comporte, et parfois l’employeur ne nous garde pas, donc il est difficile dans un tel contexte de se chercher un nouveau travail.  Avec des salaires assez faibles, l’assurance-emploi (à 55% de mon salaire) m’a permis de survivre – de ne pas perdre mon appartement, de pouvoir manger, de rembourser mes prêts étudiants, et j’ai dû en plus piger dans mes économies, l’assurance-emploi n’étant pas suffisante.

Premièrement, accepter un emploi à 70% de mon salaire actuel serait très dangereux pour ma survie.  Il y a 2-3 ans de cela, il m’aurait été impossible d’accepter une telle baisse de salaire puisque cela aurait mis en péril ma survie économique (j’avais 250$ de prêts étudiants à rembourser par mois).  Deuxièmement, dans une situation de précarité, on ne peut accepter de telles baisses de salaire puisqu’il faut prévoir que le jour où on se retrouvera sans emploi, il faut survivre avec la moitié (55%) de son salaire, et avoir des économies, l’assurance-emploi ne s’avérant pas suffisante.  Ainsi, si on gagne 400$ par semaine, on aura 880$ en assurance-emploi par mois.  Si on doit accepter un travail à 70% de ce salaire, c’est 280$ par semaine qu’on devra accepter.  Et on se retrouvera avec 616$ de chômage par mois.  Ce gouvernement prétend m’aider?  Il m’appauvrit, il met en péril ma survie.

Par ailleurs, il y a autre chose qu’il faut savoir.  Présentement, si on quitte un emploi et qu’on a un « départ volontaire », on n’a droit à aucune prestation d’assurance-emploi.  Donc, on ne peut pas se permettre d’accepter n’importe quel emploi au risque de se tirer dans le pied : on risque de se retrouver avec rien si on n’est plus capable de supporter le travail.  Dans ce contexte, le travailleur/chômeur se trouve encore plus démuni dans le rapport de pouvoir avec son employeur, et ce dernier n’a pas à faire d’effort pour améliorer les conditions de travail.

Enfin, la période chômage est une période très difficile sur le plan personnel.  Quand on est un chômeur fréquent, on n’a parfois droit qu’à 16 semaines d’assurance-emploi, et c’est très stressant.  En menaçant les chômeurs d’avoir à accepter n’importe quel emploi, à 70% du salaire, vous n’aidez certainement pas les chômeurs, vous créez encore plus d’angoisse, alors que les chômeurs ont certainement besoin et droit à plus de support.

Clairement, ce projet de loi a pour effet de précariser, d’appauvrir, d’affaiblir les conditions de travail et les conditions salariales des travailleurs et travailleuses.  Par ce projet de loi, votre gouvernement manque de solidarité avec les travailleurs et travailleuses les plus vulnérables.

 

Isabelle Dicaire

2 Comments

Filed under Prise de position

Le rapatriement au Québec de l’assurance-emploi: ce que nous voulons… dorénavant

Nous voulons que le Québec mette en place son propre programme d’assurance-chômage de façon à mieux protéger les travailleurs et les travailleuses qui se retrouvent en chômage. Le programme fédéral a failli à cette tâche, en complexifiant et en judiciarisant à outrance son application, en créant toutes sortes d’exceptions et de projets pilotes à durée et à portée limitée, en imposant toutes sortes de calculs et de normes arbitraires aux conséquences néfastes, en détournant massivement les cotisations versées par les salariés et par les employeurs. C’est pourquoi nous revendiquons le rapatriement au Québec de ce pouvoir de mettre en place notre propre programme d’assurance-chômage. Le Québec peut faire mieux, il l’a déjà démontré dans de nombreux domaines.

Un peu d’histoire

C’est en 1940, dans la foulée de la grande crise, qu’un programme d’assurance-chômage (aujourd’hui appelé assurance-emploi) a été créé par le gouvernement fédéral, suivant des négociations engagées avec les provinces canadiennes et l’adoption, cette même année, d’un amendement à la constitution canadienne (Acte de l’Amérique du Nord britannique). Auparavant, ce pouvoir relevait des provinces. C’est le Premier ministre canadien de l’époque, « Mackenzie King, [qui] demanda aux provinces d’abandonner leur juridiction dans ce domaine, c’est-à-dire de céder à Ottawa le pouvoir d’établir l’assurance-chômage » [Jean-Guy Genest, Godbout, Les Éditions du Septentrion, Sillery (Qc), 1996, p. 159]. Répondant à ce projet fédéral, « le cabinet québécois donna le feu vert à Ottawa pour obtenir de Londres un amendement constitutionnel puis établir l’assurance-chômage » [2. Ibid., p. 160]. La Législature québécoise ne fut jamais consultée pour accepter cet amendement constitutionnel [3. Ibid., p. 161].

Notre objectif premier n’est pas de rouvrir ce débat constitutionnel.

Nous privilégions plutôt, pour l’instant, un accord administratif entre les deux gouvernements, permettant au Québec de se retirer du programme fédéral et de mettre en place son propre programme d’assurance-chômage. Cette démarche devra nécessairement être soutenue par l’Assemblée nationale du Québec.

Nous en sommes capables !

Créer au Québec notre propre régime d’assurance-chômage a une signification : répondre aux besoins des salariés d’ici, qu’ils soient à temps plein ou à temps partiel, à l’année ou saisonniers, de Montréal, de Rouyn-Noranda, d’Amqui ou de Saint-Hyacinthe.

Pour atteindre nos objectifs, il faut unir nos forces, nous rassembler, trouver ces points d’équilibre entre les différentes préoccupations exprimées dans la société et savoir faire preuve d’innovation.

À quoi ressemblerait ce programme québécois d’assurance-chômage?

 

Sur l’admissibilité

L’admissibilité, et donc la couverture offerte par un programme québécois d’assurance-chômage, demeurera la grande préoccupation et la première chose à régler.

Pour se qualifier à l’assurance-chômage, il ne devrait y avoir qu’un seul critère d’admissibilité pour l’ensemble du territoire québécois, basé sur les semaines de travail, et reconnaissant le travail à temps partiel, de façon à mieux protéger toutes les catégories de salariés. Dans ce même esprit, il y aurait ajout d’une mesure spéciale, soit l’établissement d’un régime particulier visant le travail saisonnier afin de mieux répondre à ces réalités.

Nous croyons aussi qu’une réflexion sérieuse devrait être engagée sur les réalités du travail autonome, et de quelle façon un régime québécois pourrait offrir certaines protections.

 

Sur le taux et 
la période couverte


Le taux de prestations devrait être relevé et la période payable ouvrir sur 2 possibilités : 1) période normale au taux établi ou, 2) période prolongée, mais à un taux moindre. Le prestataire aurait à choisir ce qui lui convient le mieux. Dans les deux cas, cette période de prestations aurait une durée maximale de 52 semaines.

 

Délai de carence et indemnité de départ


En conformité avec les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT), le délai de carence devrait être réduit à 1 semaine. Pour ne plus retarder le versement des prestations de chômage, nous croyons aussi que les indemnités de départ (prime de séparation) ne devraient plus être prises en compte comme rémunération.

 

À propos des raisons de fin d’emploi

La sanction prévue depuis 1993 dans le programme fédéral, en cas de départ volontaire ou de congédiement pour inconduite, est de loin trop brutale, soit une exclusion complète. Un juge de la Cour fédérale a déjà comparé cela à l’imposition de la « peine capitale ». Nous proposons une sanction moins sévère basée sur un nombre maximum de semaines d’exclusion variant selon la part de responsabilités et les circonstances
de la fin d’emploi.

 

Prestations maladie, compassion et formation professionnelle


Nous proposons de sortir ces types de prestations spéciales (maladie et compassion) du régime d’assurance-chômage et les rattacher à un autre programme mieux adapté, comme cela a été fait avec le Régime québécois d’assurance parentale. La formation professionnelle devrait aussi être financée par d’autres fonds que les cotisations d’assurance-chômage. Le régime d’assurance-chômage redeviendrait, dans cet esprit, un régime de protection économique pour les travailleurs qui se retrouvent en chômage.

 

Une caisse autonome

Il faudra veiller à ce que l’État n’ait aucun intérêt à l’égard des fonds du régime. Nous parlons ainsi, et très clairement, de la mise en place d’une caisse autonome dont la gestion aurait été confiée à un organisme indépendant, administré par les représentants des travailleurs et des employeurs, seuls cotisants au régime. Ce dernier aurait le mandat d’établir des taux de cotisation relativement stables et devrait à cette fin constituer les réserves jugées nécessaires, investies dans un fonds autonome, le gouvernement n’ayant aucun droit de regard sur celui-ci. L’organisme gestionnaire aurait la responsabilité de faire rapport en continu sur la façon dont il s’acquitte de sa tâche.

 

Notre capacité de payer

En faisant tomber les dédoublements administratifs entre le fédéral et le provincial, en normalisant le maximum assurable avec
les autres programmes québécois (ex. : CSST, RQAP), en centrant sa mission sur une assurance en cas de chômage, en modernisant
sa gestion et son application, nous avons les moyens de mettre en place un régime québécois d’assurance- chômage.

1 Comment

Filed under Éditorial, Prise de position

Sortir de ça!

par Pierre Céré
Porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses
L’incisif
, Février 2012

 

Entre 1990 et 1996, quatre contre-réformes se sont imposées au régime d’assurance-chômage. On parle de compressions très dures qui ont eu pour effet d’abaisser drastiquement les protections et, plus grave encore, de rejeter des centaines de milliers de travailleurs et de travailleuses à l’extérieur de ce régime : exclusion pour départ volontaire et congédiement pour inconduite, rehaussement important du temps de travail nécessaire pour se qualifier, baisse du taux de prestations ainsi que du nombre de semaines payables, complexifications de toutes sortes, judiciarisation extrême, etc.

Et cela, sans parler du vol de la caisse perpétré par tous les gouvernements qui se sont succédés à la tête de l’État canadien depuis 1996 (Chrétien, Martin, Harper). Près de 60 milliards de dollars ont ainsi été détournés de la caisse, surplus accumulés grâce aux compressions, juxtaposés à un niveau artificiellement élevé du taux de cotisation d’alors.

Pour effacer l’odieux, les conservateurs ont, lors du budget de mars 2010, aboli le « compte d’assurance-emploi » afin de remettre les compteurs à zéro, avant de créer un nouveau compte, celui « des opérations de l’assurance-emploi ». Plus de dette du gouvernement envers le compte de l’assurance-emploi, plus de détournement, plus rien! Rien de rien?

Nous sommes en 2012, et nous vivons toujours sous le coup de ces contre-réformes et pratiques douteuses.

Aujourd’hui le compte des opérations de l’assurance-emploi indique un déficit et a contracté une dette envers le gouvernement. Pourquoi? Parce que les conservateurs, contrairement aux libéraux d’avant, maintiennent un taux de cotisation anormalement trop bas, générant ces déficits. Nous connaissons d’ailleurs les plus bas taux de cotisation depuis 30 ans. Cette dernière donne est confirmée par le Rapport de contrôle et d’évaluation 2010 de la Commission de l’assurance-emploi du Canada, publié en mars 2011.

Depuis très longtemps, ce régime d’assurance-emploi fait l’objet de manœuvres politiques. Et rien ne semble calmer l’appétit de ces gens de pouvoir à Ottawa.

D’autres coups pourraient d’ailleurs s’abattre sur l’assurance-emploi. Parfois ces idées viennent d’ailleurs, d’autres pays du G8. Ils se parlent ces gens, préparent ensemble certains programmes de restructuration…

Ainsi, il y a tout lieu de s’inquiéter des annonces faites par le président français, Nicolas Sarkozy, sur les mesures qu’il entend prendre avec les allocations de chômage s’il est reporté au pouvoir en mai prochain : obligation de formation après un certain délai et coupures de prestations en cas de refus d’un emploi. Voilà de quoi inspirer notre Premier ministre qui voudra combler le « déficit » de la caisse…

Définitivement, nous ne voyons plus ce que nous pouvons faire là-bas. Il vaut mieux sortir de ce régime et créer le nôtre : un régime québécois d’assurance-chômage, structuré comme une mesure de protection économique pour aider les travailleurs qui se retrouvent au chômage. Un régime à la hauteur des besoins, dépoussiéré, modernisé, déjudiciarisé. C’est à cela que nous aspirons. Ce n’est pas demandé l’impossible puisque justement les cotisations que nous versons à même nos salaires devraient servir à cela.

Sortons de ça et faisons mieux. Nous en sommes capables!

Leave a Comment

Filed under L'incisif, le bulletin du CNC, Prise de position