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«Le projet de loi C-38 : une loi omnibus qui risque de changer la vie des Canadiens»

«L'après-midi porte conseil», Radio-Canada

À l’émission d’hier de « L’après-midi porte conseil » à la radio de Radio-Canada, Pierre Céré, le porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, participait à la table ronde de avec Stéphanie Grammond, journaliste à La Presse spécialisée en économie et Roberto Bomba, infirmier clinicien, membre du comité de direction de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.

Pour entendre ou réentendre cette discussion sur quelques aspects dévastateurs qui nous attend avec l’adoption de la loi C-38 par les conservateurs, visitez les archives de « L’après-midi porte conseil ».

 

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Au passage, nous ajoutons un lien vers une page du même site « Le projet de loi C-38 sur le budget décrié de toutes parts » où plusieurs lecteurs y sont allés de leurs commentaires.

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«Assurance-«cheap labor»» de Manon Cornellier

Encore une fois ce matin, un excellent article de la chroniqueuse du Devoir, Manon Cornellier, «L’assurance- »cheap-labor »», sur la contre-réforme de l’assurance-emploi proposée par les conservateurs.

Nous citons de larges extraits:

«Maintenant qu’il est au pouvoir, son gouvernement a pris les choses en main avec le projet de loi budgétaire C-38 et les changements à l’assurance-emploi qui en découlent. Une réforme où on décèle ces préjugés voulant qu’il faut être paresseux ou ne pas vouloir travailler pour avoir souvent, ou longtemps, recours à l’assurance-emploi. [C'est nous qui soulignons.]

Le gouvernement s’en défend. Officiellement, le but est d’aider les sans-emploi à « retourner rapidement au travail », explique la ministre des Ressources humaines, Diane Finley. [...]

Là où l’on ne suit plus la ministre, c’est quand elle affirme que le reste de sa réforme cherche aussi à aider les chômeurs. En quoi le fait de menacer les prestataires d’une perte de prestations s’ils refusent un emploi moins bien rémunéré constitue- t-il une aide? Depuis quand forcer, obliger, punir sont-ils synonymes d’aider? À l’avenir, un prestataire devra, selon la fréquence de son recours à l’assurance-emploi, accepter un emploi même si cela signifie un recul salarial de 10, 20 ou 30%. Et les prestataires les plus fréquents devront accepter n’importe quel emploi qu’ils sont capables de faire.

Ceux qui risquent le plus de perdre au change sont les travailleurs saisonniers, mais aussi ceux à statut précaire ou à contrat. Ces mesures ne font que les rendre plus vulnérables et exerceront fort probablement une pression à la baisse sur les salaires. Rien n’a été prévu pour interdire aux employeurs de profiter de la situation (obligation pour le chômeur d’accepter un emploi moins bien payé) pour réduire le salaire des employés à contrat qu’il est assuré de reprendre. [...]

Mais miner l’industrie saisonnière coûterait encore plus cher, économiquement et sur le plan humain. Les régions rurales et éloignées vivent déjà un exode des jeunes, des talents qui partent vers des régions plus prospères. Ces défaitistes, aux yeux de Stephen Harper, sont pourtant prêts à aller gagner leur vie à des milliers de kilomètres de chez eux. Et l’Alberta est la province qui profite le plus de cette migration interprovinciale, selon Statistique Canada. Toutes les autres provinces, sauf la Saskatchewan, affichent un bilan négatif avec elle. Cette réforme a été conçue pour répondre aux besoins des autres. Jeudi dernier, la ministre Finley a conclu sa déclaration ainsi: «C’est bon pour le gouvernement. C’est bon pour l’économie. C’est bon pour les employeurs et c’est bon pour les Canadiens et Canadiennes et leur famille. » Les chômeurs n’ont pas trouvé place dans sa conclusion. Et on comprend pourquoi

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Assurance-emploi : Se débarrasser des mesures qui découragent l’emploi?

Par Pierre Céré

Porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC)

(Article aussi publié dans Libre Opinion, sous le titre de «Zone de turbulences en assurance-emploi» du Devoir du mercredi 16 mai 2012)

 

Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, a déclaré il y a quelques jours qu’il fallait « se débarrasser des mesures tendant à décourager l’emploi ». Le Ministre référait au programme d’assurance-emploi…

Quelques chiffres : en 2010-2011, 2.9 millions de demandes d’assurance-emploi ont été traitées au Canada, dont 1,4 millions de nouvelles demandes de prestations régulières. De ce nombre, plus de 75% (75,2%) ne se rendront pas à la fin de leur période de prestations, la période moyenne de prestations étant de 20,4 semaines. Est-ce que tous ces gens, et ils sont nombreux, sont des citoyens qui ont choisi le chômage et qui ne veulent pas travailler? Ah…

Restons encore quelques instants avec les chiffres pour rappeler les caractéristiques mêmes du marché de l’emploi : l’emploi à temps partiel représente 19,5% de l’emploi à l’échelle canadienne (les deux tiers étant occupés par des femmes) alors que le travail temporaire représente 13,4% de l’ensemble des travailleurs. Un salarié sur trois est à statut précaire. Cela, sans compter les ralentissements économiques, les fermetures, les mises à pied, les difficultés d’un secteur et d’un autre…

« Débarrassons-nous des mesures qui découragent l’emploi ». Voilà qui laisse pantois. En fait, le ministre Flaherty nous prépare aux plus importantes modifications à l’assurance-emploi depuis 1996, annoncées dans son budget de mars dernier.

Aussi loin que peut remonter notre expérience et notre mémoire, la loi de l’assurance-chômage, devenue assurance-emploi, contient une définition de l’emploi convenable et de l’emploi non convenable. Cela régit et encadre les droits et obligations d’un prestataire envers la Commission, ce qu’il doit faire comme recherche d’emploi, ce qu’il peut chercher comme emploi, et ce qu’il peut refuser. « Pouvait » devra-t-on dire bientôt… En effet, toute cette définition sera abrogée.

Ainsi, concrètement, avant ces modifications, un prestataire d’assurance-emploi bénéficiait d’un délai raisonnable pour chercher de l’emploi dans son secteur de travail habituel. Cela référait au fait, aussi, qu’on pouvait refuser un emploi qui offrait des conditions moins favorables que celles appliqués dans un secteur d’emploi semblable ou différent. En d’autres mots, le travailleur en aéronautique mis à pied temporairement chez Bombardier pouvait refuser un travail d’agent de sécurité au salaire minimum ou le menuisier refuser un emploi de menuisier à 11,50$/l’heure.

Nous avons d’innombrables témoignages d’employeurs qui ne veulent pas perdre leurs salariés temporairement mis à pied, suite par exemple à un ralentissement d’activités ou à une fin de saison. Ils ne veulent pas perdre leur expérience, leur savoir-faire, leur expertise. Les modifications annoncées vont tout bouleverser cela.

Avec cette abrogation de l’emploi convenable, les conservateurs vont couper les prestations à quiconque refuserait un emploi cheap labor, devenu dorénavant « emploi acceptable». Cela aura aussi des conséquences directes sur le monde du travail, sur les conditions et les salaires offerts.

Il s’agit là, il ne faut pas en douter, de changements majeurs, structurels, qui s’ajoutent à d’autres mesures annoncées : abolition des tribunaux administratifs et leur remplacement par un guichet unique dont les signes annoncent le pire; abolition des projets pilotes qui adoucissaient les effets pervers de la loi de l’assurance-emploi pour les régions à haut taux de chômage (prolongation de 5 semaines et calcul sur les 14 meilleurs semaines de travail); abolition du plancher de gain admissible.

Tout cela n’augure rien de bon. Ce gouvernement n’est plus minoritaire, il ne reculera pas et n’entendra pas raison.

Pour notre part, notre décision est prise : il n’y a plus rien à faire là, il faut rapatrier au Québec ce pouvoir de mettre en place notre propre programme d’assurance-chômage, qui protège mieux, et de bonne foi, sa population. Un programme normal et équilibré qui puisse jouer le rôle qui lui est dévolu.

 

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«Au travail, chômeurs !» de Jean-Robert Sansfaçon du Devoir

C’est au tour de l’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon dans le Devoir, «Loi du budget – Au travail, chômeurs!», de dénoncer les modifications annoncées à l’assurance-emploi par les conservateurs et l’impact que cela aura sur nos conditions générales de travail.

«On n’a pas fini de parler du nouveau Canada que les conservateurs sont en train de nous forger bien malgré nous. [...]»

«Selon ce qu’on en comprend à travers le peu d’explications fournies, les chômeurs devront désormais accepter n’importe quel emploi dans leur région même s’il ne correspond pas à leur champ d’expertise et que le salaire est moindre que ce qu’ils gagnaient auparavant.»

L’éditorialiste tente revoir certains préjugés trop souvent véhiculés sur les demandeurs d’assurance-emploi :

«Certains diront qu’il était temps qu’on force les chômeurs à accepter un emploi. Affirmer cela relève d’une vision simpliste du marché du travail. Il y a des abus, certes, mais en règle générale, les chômeurs qui refusent un emploi ont de bonnes raisons d’agir ainsi : que ce soit dans l’attente d’un rappel au travail, d’une ouverture dans son champ professionnel ou, plus simplement, de peur de dévaluer l’expertise accumulée en acceptant n’importe quelle offre.

«On dira que ceux qui sont surtout visés sont les travailleurs saisonniers qui reçoivent des prestations de façon récurrente. Là encore, les choses ne sont pas simples puisque les employeurs saisonniers ont aussi besoin de main-d’œuvre expérimentée disponible au bon moment. Ce n’est pas évident de former du personnel chaque année dans l’industrie touristique, celle de la pêche ou de la forêt.

«[...]

«Les conservateurs s’imaginent qu’ils aideront les PME à trouver plus facilement du personnel pour des tâches peu complexes, comme les travaux des champs. Un autre cliché puisque les agriculteurs ont aussi besoin d’une main-d’oeuvre stable et motivée, ce qu’ils trouvent plus facilement chez les travailleurs étrangers.

«Ce qui nous amène à l’autre réforme, celle qui touche précisément cette catégorie de main-d’oeuvre. Désormais, les entreprises pourront payer les ouvriers étrangers 15 % moins cher que leurs homologues canadiens. Ottawa introduit donc un élément de discrimination qui vise à réduire les coûts pour les entreprises, mais qui fera aussi pression sur les salaires des Canadiens. Et cette fois, on ne parle pas surtout de l’agriculture, mais de la construction, du pétrole et des mines. Le Plan Nord n’est pas loin !

«Toutes ces mesures s’inscrivent dans un même modèle de développement économique et social qui n’a jamais fait l’objet d’un débat public, surtout pas en campagne électorale. Malheureusement, ce gouvernement n’a que faire de la démocratie dans la mission évangélique qu’il s’est donnée de transformer ce pays en paradis pour le capital. (c’est nous qui soulignons.)»

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