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Le rapatriement au Québec de l’assurance-emploi: ce que nous voulons… dorénavant

Nous voulons que le Québec mette en place son propre programme d’assurance-chômage de façon à mieux protéger les travailleurs et les travailleuses qui se retrouvent en chômage. Le programme fédéral a failli à cette tâche, en complexifiant et en judiciarisant à outrance son application, en créant toutes sortes d’exceptions et de projets pilotes à durée et à portée limitée, en imposant toutes sortes de calculs et de normes arbitraires aux conséquences néfastes, en détournant massivement les cotisations versées par les salariés et par les employeurs. C’est pourquoi nous revendiquons le rapatriement au Québec de ce pouvoir de mettre en place notre propre programme d’assurance-chômage. Le Québec peut faire mieux, il l’a déjà démontré dans de nombreux domaines.

Un peu d’histoire

C’est en 1940, dans la foulée de la grande crise, qu’un programme d’assurance-chômage (aujourd’hui appelé assurance-emploi) a été créé par le gouvernement fédéral, suivant des négociations engagées avec les provinces canadiennes et l’adoption, cette même année, d’un amendement à la constitution canadienne (Acte de l’Amérique du Nord britannique). Auparavant, ce pouvoir relevait des provinces. C’est le Premier ministre canadien de l’époque, « Mackenzie King, [qui] demanda aux provinces d’abandonner leur juridiction dans ce domaine, c’est-à-dire de céder à Ottawa le pouvoir d’établir l’assurance-chômage » [Jean-Guy Genest, Godbout, Les Éditions du Septentrion, Sillery (Qc), 1996, p. 159]. Répondant à ce projet fédéral, « le cabinet québécois donna le feu vert à Ottawa pour obtenir de Londres un amendement constitutionnel puis établir l’assurance-chômage » [2. Ibid., p. 160]. La Législature québécoise ne fut jamais consultée pour accepter cet amendement constitutionnel [3. Ibid., p. 161].

Notre objectif premier n’est pas de rouvrir ce débat constitutionnel.

Nous privilégions plutôt, pour l’instant, un accord administratif entre les deux gouvernements, permettant au Québec de se retirer du programme fédéral et de mettre en place son propre programme d’assurance-chômage. Cette démarche devra nécessairement être soutenue par l’Assemblée nationale du Québec.

Nous en sommes capables !

Créer au Québec notre propre régime d’assurance-chômage a une signification : répondre aux besoins des salariés d’ici, qu’ils soient à temps plein ou à temps partiel, à l’année ou saisonniers, de Montréal, de Rouyn-Noranda, d’Amqui ou de Saint-Hyacinthe.

Pour atteindre nos objectifs, il faut unir nos forces, nous rassembler, trouver ces points d’équilibre entre les différentes préoccupations exprimées dans la société et savoir faire preuve d’innovation.

À quoi ressemblerait ce programme québécois d’assurance-chômage?

 

Sur l’admissibilité

L’admissibilité, et donc la couverture offerte par un programme québécois d’assurance-chômage, demeurera la grande préoccupation et la première chose à régler.

Pour se qualifier à l’assurance-chômage, il ne devrait y avoir qu’un seul critère d’admissibilité pour l’ensemble du territoire québécois, basé sur les semaines de travail, et reconnaissant le travail à temps partiel, de façon à mieux protéger toutes les catégories de salariés. Dans ce même esprit, il y aurait ajout d’une mesure spéciale, soit l’établissement d’un régime particulier visant le travail saisonnier afin de mieux répondre à ces réalités.

Nous croyons aussi qu’une réflexion sérieuse devrait être engagée sur les réalités du travail autonome, et de quelle façon un régime québécois pourrait offrir certaines protections.

 

Sur le taux et 
la période couverte


Le taux de prestations devrait être relevé et la période payable ouvrir sur 2 possibilités : 1) période normale au taux établi ou, 2) période prolongée, mais à un taux moindre. Le prestataire aurait à choisir ce qui lui convient le mieux. Dans les deux cas, cette période de prestations aurait une durée maximale de 52 semaines.

 

Délai de carence et indemnité de départ


En conformité avec les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT), le délai de carence devrait être réduit à 1 semaine. Pour ne plus retarder le versement des prestations de chômage, nous croyons aussi que les indemnités de départ (prime de séparation) ne devraient plus être prises en compte comme rémunération.

 

À propos des raisons de fin d’emploi

La sanction prévue depuis 1993 dans le programme fédéral, en cas de départ volontaire ou de congédiement pour inconduite, est de loin trop brutale, soit une exclusion complète. Un juge de la Cour fédérale a déjà comparé cela à l’imposition de la « peine capitale ». Nous proposons une sanction moins sévère basée sur un nombre maximum de semaines d’exclusion variant selon la part de responsabilités et les circonstances
de la fin d’emploi.

 

Prestations maladie, compassion et formation professionnelle


Nous proposons de sortir ces types de prestations spéciales (maladie et compassion) du régime d’assurance-chômage et les rattacher à un autre programme mieux adapté, comme cela a été fait avec le Régime québécois d’assurance parentale. La formation professionnelle devrait aussi être financée par d’autres fonds que les cotisations d’assurance-chômage. Le régime d’assurance-chômage redeviendrait, dans cet esprit, un régime de protection économique pour les travailleurs qui se retrouvent en chômage.

 

Une caisse autonome

Il faudra veiller à ce que l’État n’ait aucun intérêt à l’égard des fonds du régime. Nous parlons ainsi, et très clairement, de la mise en place d’une caisse autonome dont la gestion aurait été confiée à un organisme indépendant, administré par les représentants des travailleurs et des employeurs, seuls cotisants au régime. Ce dernier aurait le mandat d’établir des taux de cotisation relativement stables et devrait à cette fin constituer les réserves jugées nécessaires, investies dans un fonds autonome, le gouvernement n’ayant aucun droit de regard sur celui-ci. L’organisme gestionnaire aurait la responsabilité de faire rapport en continu sur la façon dont il s’acquitte de sa tâche.

 

Notre capacité de payer

En faisant tomber les dédoublements administratifs entre le fédéral et le provincial, en normalisant le maximum assurable avec
les autres programmes québécois (ex. : CSST, RQAP), en centrant sa mission sur une assurance en cas de chômage, en modernisant
sa gestion et son application, nous avons les moyens de mettre en place un régime québécois d’assurance- chômage.

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Dialogues dans l’ombre 8 : À l’ombre de Davos

par Patrice Viau
Membre du conseil d’administration du Comité Chômage de de Montréal
L’incisif,
février 2012

 

Davos, 26 janvier 2012. Les leaders du monde se rencontrent lors du Forum économique mondial. Après une allocution de Stephen Harper sur la résilience, Nicolas Sarkozy va à sa rencontre en coulisse.

Sarkozy : Salut Stephen. Intéressant ton petit speech. Ainsi donc, le Canada se sort mieux de la crise que les USA? Et même que la France?

Harper : Il paraît Nicolas. Écoutes, nous avons réussi à abaisser le taux de chômage à 7,6 % alors qu’il est de 8,3 % aux States… et qu’il frôle en France les 10 %…

Sarkozy : Oui bon, c’est peu reluisant, mais avec la crise financière et les banques qui recommencent à spéculer, les entreprises n’ont d’autres choix que de faire des mises à pied pour garder le cap, et c’est le gouvernement qui hérite de la facture, avec la sécurité sociale et tout ce merdier. Et les élections qui approchent… Oh la-la!…

Harper : Sarko, tu sais comme moi que l’État n’est pas là pour servir de filet social, il est là pour assurer la prospérité et créer de la richesse. Que comptes-tu faire?

Sarkozy : Je suis justement en train de préparer les thèmes de ma prochaine campagne. Avec la crise, nous croyons qu’il faut diriger l’opinion publique autour des enjeux du chômage et de l’immigration…

Harper : Intéressant! Tu sais, l’économie canadienne a affronté la crise avec un certain succès, mais il faudra implanter de nouvelles mesures dès que possible. Il faut en profiter pendant que nous sommes majoritaires. Si tu veux l’appui des électeurs, je te suggère d’y aller sur le thème de la famille traditionnelle comme noyau économique.

Sarkozy : C’est pas bête. Et aussi regagner la confiance des investisseurs étrangers en leur fournissant une main-d’œuvre qualifiée, disponible et productive. Ton gouvernement devrait d’ailleurs s’occuper du dossier du Travail et de l’Immigration. Tu dois resserrer les critères de l’immigration pour favoriser la productivité et éviter les réfugiés. Moins de politique, plus de stabilité, donc plus de prospérité! Et aussi, moins de chômage!

Harper : Oui, c’est ce en quoi nous croyons. Il faut battre le fer quand il tiédit. Mon gouvernement croit que les citoyens ont également des devoirs quant à la prospérité du Canada. C’est de cette façon que nous concevons l’assurance-emploi par exemple, et ça marche!

Sarkozy : Bien! D’ailleurs, j’entends radicaliser nos lois sur le chômage en obligeant les chômeurs à suivre une formation et au premier refus d’emploi, couper les allocations! Tu ne dois pas laisser les gens paresser. C’est l’avenir qui est en jeu!

Harper : C’est pas mal comme plan! Il ne faut pas parler de programmes sociaux, il faut parler d’emploi, d’économie. Il faut stimuler l’entreprise privée, pas la bureaucratie! Et diviser pour régner. Il faut partir des débats moraux et, par la bande, s’occuper de l’économie. Parler des vrais chômeurs, qui veulent travailler, et attaquer les mauvais chômeurs, ces profiteurs du système. J’ai confiance en mon ministre des Finances pour arranger cela…  Les retraites et l’assurance-emploi grugent les finances publiques, les électeurs sont prêts pour l’austérité!

Sarkozy : Bien! En enlignant nos politiques ainsi, les électeurs verront bien que nous offrons un choix sensé et universel. Allez. C’est l’heure de la prochaine conférence. Je te laisse sur ces bons mots, mais n’oublie pas de suivre ma campagne électorale. Il faut s’inspirer les uns les autres si nous voulons garder le contrôle!

 

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Dialogues dans l’ombre 7 : Des fleurs dans le fumier

par Patrice Viau
Membre du conseil d’administration du Comité Chômage de Montréal

 

Pat et Vic visitent l’exposition du World Press Photo et d’Anthropographia au Marché Bonsecours. Les clichés des photojournalistes défilent l’un après l’autre, témoignant d’un monde de plus en plus en proie aux tragédies, aux meurtres, aux catastrophes, à la bêtise, et enclin au désespoir. Et pourtant…

PAT : Hmm… Hé hé hé! Regarde cette photo, elle est vraiment bien!

VIC : Celle du sans-abri qui caresse les seins de sa genre de blonde?

PAT : Oui! C’est simple, mais c’est tellement ça…

VIC : La vie et la dignité malgré tout.

PAT : Exact ! Tu sais, y’a un cinéaste iranien, Abbas Kiarostami, qui disait à peu près ça : « Le grand défi de ce siècle, c’est le combat entre l’éternel et le temporel. Mais encore une fois, le choix est évident : il nous faut choisir la vie. »

VIC : Comme quoi, au-delà des idéologies, des games de pouvoir, des façades, des bons sentiments, la vie fait son chemin envers et contre tout.

PAT : Ouais. Faut essayer de se rappeler ça dans le contexte actuel, icitte! Avec les Tories qui arrêtent pas d’en remettre avec leur putain de sottises d’histoire de drapeau, de morale cucul, d’ordre et de lois anti-sociales, de connivences avec des pouvoirs obscurs, et d’esprit anti-scientifique!… À un moment donné, j’imagine que les Québécois vont redevenir un fleuve en pleine débâcle, engorgé d’un flux de vie que rien n’arrêtera. Suffit d’être créatif bonyenne!

VIC : C’est triste de voir qu’on ait supprimé certains idéaux collectifs au profit d’un salut individuel. Mais en même temps, quand la collectivité devient plate, que veux-tu faire pour te libérer?

PAT : J’imagine que plus on va être de monde à patauger dans la même marde, plus on va vouloir s’en sortir ensemble. La misère aime la compagnie! Tsé, après les années Duplessis, les Canadiens-Français en pouvaient juste plus d’étouffer de la sorte, ensemble. Pis pow! Pendant 20 ans, on a progressé comme c’est pas possible, on a innové, on a créé… Avant de pogner un méchant down! Mais peut-être que quelque chose s’en vient.

VIC : Qui sait! Peut-être qu’on arrive à une conjoncture favorable à la reprise en main de notre destin.

PAT : Prend l’exemple de l’Assurance-chômage, on est justement en train de jongler avec ces questions-là au CCM pis au CNC… On est pogné, après tant d’années de revendications au fédéral, sur la case départ. Force est d’admettre que le dossier Chômage, c’est du gâchis sur toute la ligne! Mettons qu’avec les Conservateurs majoritaires, y se passera rien à ce niveau pour les 4, voir les 8 prochaines années. Si on veut mieux protéger les travailleurs québécois, et ne pas les rendre encore plus dépendant d’un système de plus en plus dur, il faudra récupérer le chômage au provincial.

VIC : En plus, c’est pas seulement les travailleurs que ça inquiète. Même les employeurs, les maires, les religieux, les économistes et les actuaires du Québec ne comprennent pas ce qui se passe. En fait, c’est scandaleux et ça frôle le vol!

PAT : On ne le répètera jamais assez. Et maintenant, il s’agit de prendre les moyens de nos ambitions. Retrouver un brin de liberté et affermir notre volonté politique pour pouvoir refuser les faux-maîtres.

VIC : Amen! Et que vive la vie!

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