Bonjour,
Au nom du Comité Chômage de Montréal et du Conseil national des chômeurs,
j’aimerais vous remercier d’être là, et particulièrement vous remercier, vous, Madame Marois, d’avoir accepté notre invitation.
Avec ce dîner-conférence, aujourd’hui, nous voulons lancer un débat public sur le rapatriement au Québec du régime d’assurance-emploi.
On nous a demandé « pourquoi », quelles étaient nos raisons ?
C’est à ça que je vais tenter de répondre aujourd’hui.
Les groupes que nous sommes, au Conseil national des chômeurs, défendons à chaque jour, un par un, des travailleurs qui sont refusés à l’assurance-emploi. Du monde comme Madame Patry de Joliette, Madame St-Hilaire du quartier St-Michel à Montréal, Monsieur Bédard qui travaille dans le réseau des garderies, Alexandre dans la construction ou Nourredinne, soudeur. Et nous avons pu constater les effets dévastateurs des contre-réformes de 1990, 1993, 1994 et celle de 1996 : resserrement des critères d’admissibilité, réduction du taux de prestations et introduction de méthodes de calcul biaisées, réduction de la période couverte, mesures d’exception, exclusions de toutes sortes, judiciarisation extrême, etc.
C’est pour ça, et depuis déjà longtemps, que nous avons engagé une bataille politique pour que le régime d’assurance-emploi recouvre sa vocation : celle de soutenir économiquement les personnes qui perdent leur emploi.
Et, en la matière, nous prenons acte d’un certain nombre de choses :
- Nous nous battons depuis une vingtaine d’années : au début, sur la défensive, en réaction aux coupures à l’AE ; ensuite à l’offensive, à partir de 2003-2004 avec cette stratégie d’alliances qu’a représentée la Coalition des Sans-Chemise, et visant l’amélioration sinon la transformation de ce programme. Rien n’a bougé.
- Nous avons utilisé tous les outils démocratiques à notre portée. Nous avons mené campagne à chaque élection fédérale depuis 2004, parfois avec beaucoup d’impact. Rien n’a bougé.
- Nous avons marché jusqu’à Ottawa, rencontré les caucus des partis d’opposition, demandé une rencontre avec le PM Harper. Rien n’a bougé.
- Nous sommes sortis de nos zones de confort; nous avons engagé le dialogue avec d’autres secteurs politiques différents de nous. Nous l’avons fait sans aprioris, sans dogmatisme, et cela a été formateur. De cette façon, en 2007, nous avons levé une large coalition parlementaire qui réunissait les 3 partis politiques de l’opposition à Ottawa, les centrales syndicales québécoises et canadiennes. Rien n’a bougé.
- Nous avons soutenu d’innombrables projets de loi. Nous sommes allés témoigner à plusieurs reprises devant de nombreux Comités parlementaires et sénatoriaux. Rien n’a bougé.
- Il y a eu des recours juridiques jusque devant la Cour suprême, entamé par les syndicats de la CSN et de la FTQ. Rien n’a bougé.
- Nous avons suscité l’adhésion d’une majorité de municipalités québécoises à une déclaration de changements à l’assurance-emploi. Rien n’a bougé.
- Nous avons réuni l’an passé les principaux représentants des syndicats et des employeurs québécois pour discuter pendant toute une journée d’assurance-emploi. Nous avons constaté des lieux de rencontre entre nos deux visions. Rien n’a bougé.
- Nous prenons acte, aussi, que nous avons été seuls, nous, au Québec, à mener ce combat. Et ce n’est pas faute de ne pas avoir essayé. Nous sommes allés au Nouveau-Brunswick, en Ontario, rencontrer des syndicats, des groupes sociaux. Jamais, jamais, nos campagnes d’opinion publique et de pression n’ont su déborder les frontières québécoises.
- Nous prenons acte aussi du résultat des dernières élections fédérales.
Vous avez devant vous des gens qui ont épuisé tous les recours possibles, qui se sont investis corps et âme dans cette bataille.
Pour autant, nous ne sommes pas fatigués, mais nous ne serons pas les Don Quichotte de cette bataille.
On ne mène pas ce combat, comme disait le poète, pour passer le temps. Nous ne menons pas ce combat pour des subventions.
Nous le menons pour le gagner.
Et nous sommes arrivés à la conclusion suivante : les routes de l’assurance-emploi, vers Ottawa, sont bloquées. Les portes sont fermées.
Nous croyons qu’est venue le temps d’engager le débat sur son rapatriement au Québec. Nous en avons les moyens, nous en avons les infrastructures, nous en avons l’expertise et nous en avons l’expérience. Nous prenons à témoin le rapatriement, entre 1998 et 2006, des prestations maternité et parentales de l’assurance-emploi, pour créer notre propre régime d’assurance parentale. Il y a là une véritable inspiration.
Nous sommes peut-être assez grands, comme peuple et comme société, pour nous occuper de nos affaires. Vous aurez compris que le « peut-être » n’est pas un « peut-être » mais une affirmation assumée.
Nous som-mes-ca-pa-bles.
Soyez assurés que nous n’engageons pas ce débat de façon partisane. Bien sûr, nous entendons déjà certaines voix s’exprimer et dire qu’en nous affichant ainsi à côté du Parti québécois, nous nous mettons au service d’un parti politique. Nous ne broncherons pas. Parce que nous savons de quelle façon nous engageons cette nouvelle bataille, nous savons sous quel angle nous l’envisageons, celui d’un large front commun, dans le respect des différentes sensibilités, de façon à converger vers un même objectif nous permettant d’avancer comme société. Nous ne nous connaissons aucune autre partisannerie que celle du mieux-être de notre société.
Non plus, nous n’engageons pas ce débat contre le reste du Canada. Au contraire, nous espérons, sincèrement, que des forces sociales et des forces politiques canadiennes, je pense ici au Congrès du travail du Canada, à nos amis du NPD, à des militants libéraux, sauront comprendre et devenir facilitateurs d’un tel processus.
Aujourd’hui est le point de départ d’une nouvelle bataille, qui demeure au fond la même : nous croyons que les travailleurs doivent bénéficier d’une sécurité économique en cas de chômage.
En la matière, le régime fédéral a failli.
Et le rapatriement vise, pour nous, cet objectif : protéger les travailleurs qui perdent leur emploi, régler ces questions d’admissibilité, avoir un programme modernisé qui sache répondre aux besoins de la population.
Nous nous engageons dans cette voie nouvelle avec ce sentiment d’être là où nous devons être et, pour paraphraser Victor Serge, de faire, avec désintéressement total, ce que nous croyons devoir être fait pour être utile aux hommes et aux femmes de notre société.
Voilà le sens de notre engagement.
C’est un peu comme ça que je connais mes camarades du CNC : dévoués, désintéressés, honnêtes.
Et nous nous engageons dans cette nouvelle bataille avec détermination, avec conviction, avec énergie.
Je vous remercie de l’attention que vous m’avez accordée. |